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Démembrement de propriété : guide complet 2026

Démembrement de propriété : barème fiscal par âge, droits de donation sur la nue-propriété, cas pratiques chiffrés et impact sur la succession. Guide 2026.

17 min de lecture · Publié le 10 mars 2026 ·demembrement
Sommaire
L'essentiel à retenir
DéfinitionLe démembrement de propriété consiste à séparer la pleine propriété d'un bien en deux droits distincts — l'usufruit (droit d'usage et de percevoir les revenus) et la nue-propriété (droit de disposer du bien) — entre deux personnes différentes.
Avantage fiscal majeurLes droits de donation ne s'appliquent que sur la valeur de la nue-propriété, calculée selon un barème fiscal lié à l'âge de l'usufruitier, ce qui réduit significativement la facture fiscale lors d'une transmission.
Acte notarié obligatoireTout démembrement portant sur un bien immobilier doit être formalisé par un notaire. Sans cela, l'opération est sans effet juridique.
Reconstitution automatiqueAu décès de l'usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement au profit du nu-propriétaire, sans droits de succession supplémentaires à payer sur cette part.
Évolution législative 2024La loi de finances pour 2024 a durci les règles du quasi-usufruit sur sommes d'argent (article 774 bis du CGI). Ce point mérite une attention particulière si vous envisagez de vendre un bien démembré. Cette loi est toujours en vigueur en 2026.
Stratégie à anticiperPlus le démembrement est réalisé tôt, plus la nue-propriété transmise est faible en valeur fiscale — et donc moins les droits de donation sont élevés.

Qu'est-ce que le démembrement de propriété ?

Le démembrement de propriété est le mécanisme juridique qui consiste à diviser le droit de propriété d'un bien entre plusieurs personnes. En droit français, la pleine propriété regroupe trois attributs : l'usus (le droit d'utiliser le bien), le fructus (le droit d'en percevoir les revenus ou loyers) et l'abusus (le droit de vendre ou de donner le bien). Lorsque ces attributs sont répartis entre deux personnes, on parle de démembrement.

Usufruit et nue-propriété : les deux faces du démembrement

L'usufruitier détient l'usus et le fructus : il peut habiter le bien, le louer et percevoir les loyers. Il ne peut pas en revanche le vendre seul. Selon l'article 578 du Code civil, « l'usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d'en conserver la substance ».

Le nu-propriétaire détient l'abusus : il est propriétaire du bien sur le papier, mais ne peut ni l'occuper ni en percevoir les revenus tant que l'usufruit dure. En contrepartie, il récupère automatiquement la pleine propriété au décès de l'usufruitier, sans formalité supplémentaire et sans droits de succession à payer sur cette reconstitution.

Cette séparation peut naître de plusieurs situations : une donation avec réserve d'usufruit (les parents donnent la nue-propriété à leurs enfants tout en conservant l'usufruit), une succession (le conjoint survivant reçoit l'usufruit, les enfants la nue-propriété), ou encore un achat en démembrement entre investisseurs.

La pleine propriété : point de départ et point d'arrivée

La pleine propriété, c'est la réunion des trois attributs entre les mains d'une seule personne. C'est l'état normal d'un bien. Le démembrement est donc temporaire par nature : il prend fin au décès de l'usufruitier (article 617 du Code civil), à l'expiration du terme fixé pour un usufruit temporaire, ou par accord entre les parties. À l'extinction de l'usufruit, la pleine propriété se reconstitue de plein droit chez le nu-propriétaire.

Comment fonctionne le démembrement en pratique ?

Mettre en place un démembrement de propriété suit une procédure précise, encadrée par le Code civil et soumise à des formalités incontournables.

L'acte notarié : une obligation sans exception

Tout démembrement portant sur un bien immobilier doit être constaté par un acte notarié. Il n'existe aucune alternative : un simple accord écrit entre particuliers ne suffit pas. L'acte notarié décrit le bien, identifie l'usufruitier et le nu-propriétaire, fixe les conditions du démembrement (durée si l'usufruit est temporaire, répartition des charges, etc.) et doit être enregistré auprès de l'administration fiscale pour produire ses effets fiscaux.

Les parties peuvent adapter contractuellement certaines règles légales : par exemple, prévoir que le nu-propriétaire prend en charge la taxe foncière, ou que l'usufruitier assume les grosses réparations. Ces aménagements doivent figurer explicitement dans l'acte.

En cas de donation avec réserve d'usufruit, un risque de requalification existe si la donation présente un caractère suspect ou fictif — notamment si le donateur décède très peu de temps après la signature de l'acte dans des circonstances laissant présumer que la donation n'était pas sincère. Il n'existe pas de délai présumé de trois mois pour les donations immobilières notariées, mais l'administration fiscale peut contester toute opération dont elle estime qu'elle vise à contourner les règles successorales. Consultez un notaire pour sécuriser votre démarche.

Droits et obligations de chaque partie

L'usufruitier bénéficie de droits étendus : il peut occuper le bien, le louer (seul, pour des baux d'habitation inférieurs à neuf ans), percevoir tous les loyers et revenus. Il peut même céder son droit d'usufruit à un tiers. En contrepartie, il supporte les charges courantes : taxe foncière (article 608 du Code civil), réparations d'entretien (peinture, plomberie, chauffage), et doit remettre le bien en bon état à l'extinction de l'usufruit.

Le nu-propriétaire peut vendre sa nue-propriété sans l'accord de l'usufruitier, la donner ou la mettre en hypothèque. Il ne peut en revanche pas vendre la pleine propriété sans l'accord de l'usufruitier. Il supporte les grosses réparations au sens de l'article 606 du Code civil : gros murs, toiture entière, poutres, murs de soutènement. Exception : si ces grosses réparations résultent d'un défaut d'entretien de l'usufruitier, c'est ce dernier qui en assume le coût.

L'article 599 du Code civil protège explicitement l'usufruitier : « le propriétaire ne peut, par son fait, ni de quelque manière que ce soit, nuire aux droits de l'usufruitier ». Le nu-propriétaire ne peut donc pas réaliser de travaux ou de modifications qui troubleraient la jouissance de l'usufruitier sans son accord.

Le barème fiscal du démembrement : comment calculer la valeur de la nue-propriété ?

La fiscalité du démembrement repose sur un barème officiel fixé par l'article 669 du Code général des impôts (CGI). Ce barème détermine, en fonction de l'âge de l'usufruitier au jour de la transmission, la valeur respective de l'usufruit et de la nue-propriété. C'est sur cette valeur de nue-propriété que sont calculés les droits de donation.

La logique est simple : plus l'usufruitier est jeune, plus il jouira longtemps du bien, donc plus l'usufruit vaut cher — et moins la nue-propriété transmise est imposée.

Âge de l'usufruitier Valeur de l'usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans 90 % 10 %
De 21 à 30 ans 80 % 20 %
De 31 à 40 ans 70 % 30 %
De 41 à 50 ans 60 % 40 %
De 51 à 60 ans 50 % 50 %
De 61 à 70 ans 40 % 60 %
De 71 à 80 ans 30 % 70 %
De 81 à 90 ans 20 % 80 %
Plus de 91 ans 10 % 90 %

Pour un usufruit temporaire (durée fixe, indépendamment de l'âge), le calcul est différent : l'usufruit est évalué à 23 % de la valeur en pleine propriété par tranche de dix ans. Un usufruit de dix ans vaut donc 23 %, un usufruit de vingt ans vaut 46 %, et la nue-propriété représente le complément à 100 %.

Ce barème s'applique au jour de la donation ou du décès. Il ne change pas rétroactivement : si vous avez donné la nue-propriété à 58 ans, c'est la tranche 51-60 ans qui s'applique, même si l'usufruit dure encore vingt ans.

Fiscalité du démembrement : droits de donation et abattements

Le principal avantage fiscal du démembrement de propriété tient au fait que les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, et non sur la valeur totale du bien. Combiné aux abattements légaux, cet effet peut réduire très significativement la facture fiscale.

Les abattements applicables en ligne directe

En matière de donation entre parents et enfants, l'abattement de droit commun est de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (article 779 du CGI). Concrètement, si deux parents donnent à deux enfants, jusqu'à 400 000 € peuvent être transmis sans aucun droit de donation (2 parents × 2 enfants × 100 000 €).

Pour en savoir plus sur cet abattement et ses conditions d'application, consultez notre article dédié sur l'abattement de 100 000 € entre parent et enfant.

Lien de parenté Abattement applicable
Parent → Enfant 100 000 € (renouvelable tous les 15 ans)
Grands-parents → Petits-enfants 31 865 €
Arrière-grands-parents → Arrière-petits-enfants 31 865 €
Entre époux 80 724 €
Entre partenaires pacsés 76 000 €
Entre frères et sœurs 15 932 €

Au-delà de l'abattement, les droits de donation en ligne directe sont calculés selon un barème progressif : 5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % de 8 073 € à 12 109 €, 15 % de 12 110 € à 15 932 €, puis 20 % de 15 933 € à 552 324 € (tranche la plus courante pour les transmissions immobilières de taille moyenne), et des taux supérieurs au-delà.

Un dispositif temporaire est en vigueur jusqu'au 31 décembre 2027 : les dons de sommes d'argent à un descendant de moins de 81 ans pour l'acquisition, la construction ou la rénovation énergétique d'une résidence principale bénéficient d'un abattement exceptionnel de 100 000 €, cumulable avec l'abattement de droit commun, dans la limite de 300 000 € par donataire (article 790 quater du CGI, prorogé par la loi de finances pour 2025).

Trois cas pratiques chiffrés

Cas pratique
Marie, 58 ans, souhaite donner sa maison (valeur : 400 000 €) à sa fille unique. Elle conserve l'usufruit.
01
Âge de l'usufruitière : 58 ans → tranche 51-60 ans → nue-propriété = 50 % de 400 000 € = 200 000 €
02
Abattement parent-enfant : 100 000 €
03
Base taxable : 200 000 € − 100 000 € = 100 000 €
04
Droits de donation : (8 072 € × 5 %) + (4 037 € × 10 %) + (3 823 € × 15 %) + (84 068 € × 20 %) = 404 € + 404 € + 573 € + 16 814 € = environ 19 194 € Résultat : La fille reçoit la nue-propriété d'une maison de 400 000 € pour environ 19 000 € de droits. Sans démembrement, les droits auraient porté sur 300 000 € (400 000 € − 100 000 €), soit environ 56 000 €. L'économie est d'environ 37 000 €.
Plus Marie réalise cette donation tôt, plus la nue-propriété est faible en valeur fiscale. À 48 ans, la nue-propriété n'aurait représenté que 40 % du bien, soit 160 000 €, et les droits auraient été encore plus réduits.
Cas pratique
Jean et Françoise, 62 et 64 ans, souhaitent transmettre un appartement (valeur : 300 000 €) à leurs deux enfants en démembrement.
01
Âge des usufruitiers : entre 61 et 70 ans → nue-propriété = 60 % de 300 000 € = 180 000 €
02
Part de chaque enfant : 180 000 € / 2 = 90 000 €
03
Abattement par parent et par enfant : 100 000 € (chaque enfant reçoit 90 000 € de chaque parent, mais ici la donation est conjointe ; chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € de chacun des deux parents)
04
Base taxable par enfant : 90 000 € − 100 000 € = 0 € (abattement non épuisé)
05
Droits de donation : 0 € Résultat : L'appartement de 300 000 € est transmis aux deux enfants sans aucun droit de donation. Jean et Françoise continuent d'y habiter ou d'en percevoir les loyers jusqu'à leur décès.
Au décès du dernier usufruitier, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits de succession supplémentaires sur la nue-propriété déjà transmise. C'est l'un des avantages les plus puissants du démembrement en matière de succession immobilière.
Cas pratique
Paul, 72 ans, possède un appartement locatif (valeur : 250 000 €) et souhaite en transmettre la nue-propriété à son fils.
01
Âge de l'usufruitier : 72 ans → tranche 71-80 ans → nue-propriété = 70 % de 250 000 € = 175 000 €
02
Abattement parent-enfant : 100 000 €
03
Base taxable : 175 000 € − 100 000 € = 75 000 €
04
Droits de donation : (8 072 € × 5 %) + (4 037 € × 10 %) + (3 823 € × 15 %) + (59 068 € × 20 %) = 404 € + 404 € + 573 € + 11 814 € = environ 13 195 € Résultat : Le fils reçoit la nue-propriété d'un bien de 250 000 € pour environ 13 200 € de droits. Paul continue de percevoir les loyers jusqu'à son décès. Sans démembrement, les droits auraient porté sur 150 000 € (250 000 € − 100 000 €), soit environ 30 000 €.
À 72 ans, la nue-propriété représente déjà 70 % du bien. Agir plus tôt aurait permis d'abaisser encore la base taxable. Mais même à cet âge, le gain fiscal reste substantiel.

Vous souhaitez calculer les droits de donation dans votre situation personnelle ? Notre simulateur de démembrement vous donne une estimation en quelques clics, selon l'âge de l'usufruitier, la valeur du bien et le lien de parenté.

Lancer le simulateur

Démembrement et succession : ce qui se passe au décès de l'usufruitier

Le démembrement de propriété produit ses effets les plus importants au moment de la succession. C'est là que réside l'un de ses atouts majeurs : la transmission anticipée de la nue-propriété permet d'alléger considérablement la fiscalité successorale.

La reconstitution automatique de la pleine propriété

Au décès de l'usufruitier, l'usufruit s'éteint de plein droit (article 617 du Code civil). La pleine propriété se reconstitue automatiquement au profit du nu-propriétaire, sans qu'il soit nécessaire d'accomplir la moindre formalité supplémentaire, et surtout sans droits de succession à payer sur la nue-propriété déjà transmise. Le nu-propriétaire ne paie des droits de succession que sur les autres biens qu'il reçoit dans la succession de l'usufruitier, pas sur le bien démembré dont il détenait déjà la nue-propriété.

C'est précisément ce mécanisme qui rend le démembrement si efficace dans une stratégie de transmission patrimoniale : la valeur du bien au moment du décès — même si elle a doublé depuis la donation — n'entre pas dans l'assiette des droits de succession pour la part de nue-propriété déjà transmise.

Pour aller plus loin sur les stratégies de réduction des droits de succession, consultez notre guide complet sur comment réduire les droits de succession.

Le cas particulier du quasi-usufruit : attention à la réforme 2024

Lorsqu'un bien démembré est vendu du vivant de l'usufruitier, deux options existent pour répartir le prix de vente. Soit chacun reçoit sa quote-part selon le barème fiscal (l'usufruitier reçoit 40 % s'il a entre 61 et 70 ans, le nu-propriétaire reçoit 60 %). Soit les parties s'accordent pour que l'usufruitier reçoive l'intégralité du prix de vente et conserve un quasi-usufruit sur les sommes : il peut les utiliser librement, mais s'engage à restituer l'équivalent au nu-propriétaire à son décès.

La loi de finances pour 2024 a profondément modifié le traitement fiscal du quasi-usufruit. L'article 774 bis du CGI, applicable aux successions ouvertes à compter du 29 décembre 2023, prévoit que les dettes de restitution portant sur des sommes d'argent dont le défunt s'était réservé l'usufruit ne sont plus déductibles de l'actif successoral. Concrètement, les nus-propriétaires doivent désormais payer des droits de succession sur la créance de restitution qu'ils détiennent, sans pouvoir la déduire. Cela supprime une grande partie de l'avantage fiscal du quasi-usufruit sur prix de vente. Consultez impérativement un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine avant d'opter pour cette solution.

Impact sur la succession du conjoint survivant

En l'absence de testament, le conjoint survivant peut opter pour l'usufruit de la totalité des biens de la succession (article 757 du Code civil). Les enfants reçoivent alors la nue-propriété. Ce démembrement légal suit les mêmes règles que le démembrement conventionnel : le conjoint jouit du bien, les enfants récupèrent la pleine propriété à son décès sans droits supplémentaires sur cette part.

Avantages, inconvénients et pour qui c'est pertinent

Le démembrement de propriété est un outil puissant, mais il n'est pas adapté à toutes les situations. Voici une lecture équilibrée de ses atouts et de ses limites.

Les avantages

Fiscalement, le démembrement permet de transmettre un patrimoine immobilier en ne taxant que la nue-propriété, dont la valeur est mécaniquement inférieure à celle de la pleine propriété. Combiné à l'abattement de 100 000 € renouvelable tous les 15 ans, il peut permettre de transmettre des biens importants avec des droits très réduits, voire nuls. La reconstitution de la pleine propriété au décès de l'usufruitier se fait sans taxation supplémentaire, ce qui représente un avantage considérable par rapport à une succession classique.

Patrimonialement, le donateur conserve l'usage du bien et ses revenus (loyers), ce qui lui permet de maintenir son niveau de vie tout en anticipant la transmission. Il garde également un droit de regard sur le bien via les règles légales qui protègent l'usufruitier.

Les inconvénients et risques

Le démembrement fige la situation : ni l'usufruitier ni le nu-propriétaire ne peut vendre seul la pleine propriété. Si les relations familiales se dégradent, ou si une vente devient nécessaire (urgence financière, déménagement), l'accord des deux parties est indispensable. Cette contrainte peut devenir un blocage réel.

Par ailleurs, le démembrement est difficile à défaire : revenir en arrière implique une réunion de l'usufruit et de la nue-propriété entre les mêmes mains, ce qui peut entraîner une taxation au titre des droits de mutation. Une fois l'acte signé, on s'y tient en règle générale jusqu'au décès de l'usufruitier.

Enfin, la gestion courante peut générer des tensions : qui paie quoi en cas de travaux importants ? L'usufruitier peut-il louer le bien sans l'accord du nu-propriétaire ? Ces questions, si elles ne sont pas anticipées dans l'acte notarié, peuvent devenir des sources de conflit. Un acte bien rédigé prévient la plupart de ces frictions.

Pour qui le démembrement est-il pertinent ?

Le démembrement est particulièrement adapté dans trois situations :

Les parents propriétaires d'un bien immobilier locatif qui souhaitent anticiper la transmission à leurs enfants tout en continuant de percevoir les loyers. C'est le cas d'usage le plus courant et souvent le plus efficace fiscalement.

Les couples avec enfants qui veulent protéger le conjoint survivant tout en préparant la transmission aux enfants. Le démembrement légal issu de la succession remplit naturellement ce rôle, mais on peut aussi l'organiser de son vivant via une donation entre époux ou un testament bien rédigé.

Les personnes disposant d'un patrimoine significatif et souhaitant lisser la transmission sur plusieurs cycles de 15 ans, en profitant à chaque fois du renouvellement de l'abattement de 100 000 €.

En revanche, le démembrement est moins adapté si vous avez besoin de flexibilité sur le bien, si vos relations familiales sont complexes, ou si votre patrimoine est essentiellement composé de liquidités plutôt que d'immobilier.

Conclusion

Le démembrement de propriété est l'un des outils les plus efficaces du droit patrimonial français pour transmettre un bien immobilier en minimisant la fiscalité. Il repose sur un principe simple — ne taxer que la nue-propriété, pas la pleine propriété — et produit des effets puissants : économies substantielles sur les droits de donation, maintien des revenus pour le donateur, et reconstitution de la pleine propriété au décès sans fiscalité supplémentaire.

Mais c'est un outil qui demande de la préparation. Plus il est mis en place tôt, plus son efficacité est grande. Et comme il est difficile à défaire, l'acte notarié doit être rédigé avec soin, en anticipant les droits et obligations de chaque partie.

La réforme du quasi-usufruit de 2024 a également rappelé que le législateur surveille de près les optimisations fiscales patrimoniales. La législation peut évoluer — raison de plus pour agir dans le cadre légal existant, avec l'accompagnement d'un professionnel.

Pour estimer les droits de donation dans votre situation, notre simulateur de démembrement vous donne une première estimation en quelques clics selon l'âge de l'usufruitier, la valeur du bien et le lien de parenté. Et si vous souhaitez aller plus loin avec un conseiller spécialisé, vous pouvez en trouver un directement sur la plateforme.

Questions fréquentes

La valeur de la nue-propriété est fixée par le barème de l'article 669 du CGI en fonction de l'âge de l'usufruitier au jour de la donation : 10 % si moins de 21 ans, 20 % entre 21 et 30 ans, 30 % entre 31 et 40 ans, 40 % entre 41 et 50 ans, 50 % entre 51 et 60 ans, 60 % entre 61 et 70 ans, 70 % entre 71 et 80 ans, 80 % entre 81 et 90 ans, et 90 % au-delà de 91 ans. C'est sur cette valeur — et non sur la valeur totale du bien — que sont calculés les droits de donation.
Le coût dépend de l'âge de l'usufruitier, de la valeur du bien et du lien de parenté. Exemple concret : pour une maison de 400 000 € donnée à un enfant avec réserve d'usufruit par un parent de 58 ans, la nue-propriété représente 50 % du bien, soit 200 000 €. Après abattement de 100 000 €, la base taxable est de 100 000 € et les droits de donation s'élèvent à environ 19 000 €. Sans démembrement, les droits auraient été d'environ 56 000 € — une économie de 37 000 €.
Non. Au décès de l'usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement au profit du nu-propriétaire sans droits de succession supplémentaires sur la nue-propriété déjà transmise. C'est l'un des atouts majeurs du démembrement : même si la valeur du bien a considérablement augmenté depuis la donation, cette plus-value n'entre pas dans l'assiette fiscale lors de la reconstitution. Le nu-propriétaire ne paie des droits que sur les autres biens reçus dans la succession de l'usufruitier.
L'usufruit viager dure jusqu'au décès de l'usufruitier et sa valeur est calculée selon le barème par âge de l'article 669 du CGI. L'usufruit temporaire a une durée fixe, indépendamment de l'âge : il est évalué à 23 % de la valeur du bien par tranche de dix ans (un usufruit de 10 ans vaut 23 %, un usufruit de 20 ans vaut 46 %). L'usufruit temporaire est souvent utilisé dans les montages d'investissement immobilier ou pour transmettre des revenus locatifs de manière encadrée dans le temps.
Le quasi-usufruit désigne la situation où un bien démembré est vendu et où l'usufruitier reçoit l'intégralité du prix de vente, avec obligation de le restituer au nu-propriétaire à son décès. Avant 2024, cette créance de restitution était déductible de l'actif successoral, ce qui réduisait les droits de succession. La loi de finances pour 2024 (article 774 bis du CGI) a supprimé cette déductibilité pour les successions ouvertes à compter du 29 décembre 2023 : les nus-propriétaires doivent désormais payer des droits sur leur créance de restitution sans pouvoir la déduire, supprimant une grande partie de l'avantage fiscal du quasi-usufruit.

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