Donner de son vivant à ses enfants est l'un des leviers les plus puissants pour transmettre un patrimoine tout en réduisant la facture fiscale future. En 2026, le cadre légal reste stable et généreux : chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € à chaque enfant sans payer de droits de donation, et ce plafond se reconstitue tous les 15 ans. Mais la donation de son vivant ne se résume pas à ce seul abattement. Don manuel, donation notariée, don familial en numéraire, exonération immobilière temporaire : les dispositifs se cumulent et méritent d'être bien compris avant d'agir. Ce guide vous présente les règles en vigueur, illustrées par des cas pratiques chiffrés.
Combien peut-on donner à ses enfants sans payer de droits ?
Chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € par enfant sans acquitter de droits de donation. Ce plafond s'applique indépendamment pour chaque parent, ce qui permet à un couple de transmettre jusqu'à 200 000 € à un même enfant en totale franchise fiscale.
L'abattement de 100 000 € par parent et le délai de 15 ans
L'abattement de 100 000 € est prévu par l'article 779 du Code général des impôts (CGI). Il s'applique aussi bien aux donations entre vifs qu'aux successions, ce qui en fait un outil central de la planification patrimoniale familiale.
Sa particularité : il se reconstitue intégralement tous les 15 ans. Autrement dit, si vous avez utilisé une partie de cet abattement lors d'une première donation, le solde reste disponible jusqu'à l'expiration du délai glissant de 15 ans, puis l'abattement repart à zéro. Le délai se calcule à partir de la date effective du don — et non de sa déclaration à l'administration fiscale. Il n'est donc pas possible de retarder le point de départ en omettant de déclarer.
L'abattement de 100 000 € s'applique par couple donateur-donataire. Un père et une mère disposent chacun de leur propre abattement vis-à-vis de chaque enfant. Ces abattements sont totalement indépendants l'un de l'autre.
Le don familial en numéraire : 31 865 € supplémentaires
Au-delà de l'abattement général, l'article 790 G du CGI prévoit une exonération spécifique pour les dons familiaux de sommes d'argent : jusqu'à 31 865 € par donateur et par donataire, tous les 15 ans, sans aucun droit à payer.
Ce dispositif est cumulable avec l'abattement de 100 000 €, mais il est soumis à des conditions strictes : - Le donateur doit avoir moins de 80 ans au jour du don. - Le donataire (l'enfant qui reçoit) doit être majeur (ou émancipé). - Le don doit porter exclusivement sur des sommes d'argent (chèque, virement, espèces) transmises en pleine propriété. - La déclaration doit être effectuée dans le mois suivant le don.
Un couple de parents (tous deux âgés de moins de 80 ans) peut donc transmettre à un enfant majeur jusqu'à 263 730 € sans droits : 100 000 € (abattement père) + 31 865 € (don familial père) + 100 000 € (abattement mère) + 31 865 € (don familial mère).
| Dispositif | Montant exonéré | Par donateur | Conditions principales |
|---|---|---|---|
| Abattement général (art. 779 CGI) | 100 000 € | Par parent, par enfant | Renouvelable tous les 15 ans |
| Don familial en numéraire (art. 790 G CGI) | 31 865 € | Par donateur, par donataire | Donateur < 80 ans, donataire majeur, sommes d'argent uniquement |
| Exonération immobilière temporaire (art. 790 A bis CGI) | 100 000 € | Par donateur, plafonné à 300 000 € par donataire | Logement neuf/VEFA ou rénovation énergétique, jusqu'au 31/12/2026 |
L'exonération temporaire pour l'immobilier neuf (jusqu'au 31 décembre 2026)
Introduite par la loi de finances pour 2025 et applicable depuis le 15 février 2025, cette exonération exceptionnelle codifiée à l'article 790 A bis du CGI permet de donner jusqu'à 100 000 € supplémentaires par donateur, totalement exonérés, à condition que les fonds soient affectés dans les 6 mois à : - L'achat d'un logement neuf ou en VEFA (vente en l'état futur d'achèvement) destiné à la résidence principale du donataire ou à la location à titre de résidence principale. - Des travaux de rénovation énergétique éligibles à MaPrimeRénov', portant sur la résidence principale du donataire.
Le plafond global par donataire est fixé à 300 000 €, tous donateurs confondus (parents, grands-parents, oncles et tantes). Le donataire doit en outre conserver le bien comme résidence principale pendant 5 ans minimum. En cas de revente anticipée ou de non-affectation dans les délais, l'exonération est intégralement remise en cause, avec droits, intérêts et pénalités.
Cette exonération immobilière prend fin le 31 décembre 2026. Si vous envisagez d'aider votre enfant à acheter un logement neuf, il est urgent d'agir avant cette date pour bénéficier du dispositif. Attention également : l'achat d'un terrain à bâtir suivi d'une construction par l'acquéreur lui-même n'est pas éligible — seule la VEFA classique l'est.
Les droits de donation au-delà des abattements : le barème 2026
Lorsque la donation dépasse les abattements disponibles, la part excédentaire est soumise à un barème progressif. En ligne directe (parent vers enfant), ce barème comporte sept tranches, de 5 % à 45 %.
| Montant imposable après abattement | Taux applicable |
|---|---|
| Jusqu'à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
La progressivité de ce barème incite à étaler les donations dans le temps pour bénéficier des tranches basses à chaque renouvellement de l'abattement. Pour en savoir plus sur la logique de ces tranches, consultez notre article sur le barème des droits de succession.
Calculez en quelques secondes le montant des droits de donation applicables à votre situation, selon le montant transmis et le lien de parenté. Notre simulateur intègre tous les abattements 2026, y compris le don familial en numéraire.
Lancer le simulateurCas pratiques chiffrés : trois situations concrètes
Cas 1 — Un couple aide ses deux enfants à acheter leur résidence principale
Cas 2 — Donation d'un bien immobilier ancien à un enfant
Cas 3 — Donations successives sur 30 ans
Quels biens peut-on donner, et faut-il un notaire ?
La réponse dépend de la nature du bien transmis. Pour un don d'argent (don manuel), aucun notaire n'est requis : le simple virement ou la remise d'un chèque suffit à rendre le don irrévocable. En revanche, pour un bien immobilier, le passage devant notaire est obligatoire sous peine de nullité absolue de l'acte.
Don manuel : applicable aux sommes d'argent, actions cotées, bijoux, objets d'art, véhicules. Il s'effectue par remise directe, sans écrit formel. La déclaration fiscale reste obligatoire.
Donation notariée : obligatoire pour tout immeuble (appartement, maison, terrain) et pour les parts sociales de SARL. Depuis un arrêt de la Cour de cassation du 11 février 2026, le don manuel de parts sociales est catégoriquement exclu — seul l'acte notarié est valable. La donation notariée est également recommandée pour les donations-partages entre plusieurs enfants, qui permettent de figer définitivement la valeur des biens transmis et d'éviter les conflits lors de la succession. Notre guide sur la donation-partage détaille ce mécanisme.
Les frais notariaux pour une donation immobilière comprennent les émoluments du notaire (calculés selon un barème dégressif : 4,837 % jusqu'à 6 500 €, puis 1,995 %, 1,330 % et 0,998 % au-delà de 60 000 €), les droits de donation, la taxe de publicité foncière (environ 0,60 %), la contribution de sécurité immobilière (0,10 %) et la TVA sur les émoluments.
Pour une donation de valeurs mobilières (actions, obligations, parts de fonds), le don manuel est techniquement possible pour les titres cotés. Cependant, pour les parts de SARL ou de SCI familiale, l'acte notarié est impératif. En cas de doute, consultez un notaire avant d'agir.
Comment déclarer une donation en 2026 : la procédure pas à pas
Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration des dons manuels et des dons familiaux de sommes d'argent est obligatoirement dématérialisée. Le formulaire papier n° 2735 n'est plus accepté pour la grande majorité des situations.
Procédure en ligne sur impots.gouv.fr : 1. Connectez-vous à votre espace particulier (identifiant fiscal ou FranceConnect). 2. Accédez au menu « Déclarer », puis « Déclarer un don ou une cession de droits sociaux ». 3. Renseignez l'identité complète du donateur et du donataire, la date exacte du don, le montant, le mode de versement (virement, chèque, espèces) et la nature du bien. 4. Validez : un récépissé sécurisé est généré immédiatement. 5. Payez les droits éventuels en ligne si la donation dépasse les abattements.
Le délai de déclaration est d'un mois à compter de la date du don. Ce délai est d'application stricte : un seul jour de retard suffit à faire perdre définitivement le bénéfice de l'exonération du don familial en numéraire (31 865 €). Ne confondez pas la date du don et la date de déclaration — c'est bien la date du virement ou de la remise du chèque qui fait courir le délai.
Exceptions : déclaration papier encore autorisée pour les dons au profit de mineurs ou de majeurs protégés, les dons au titre de l'exonération immobilière temporaire (art. 790 A bis), et les personnes sans accès à internet.
Pour les donations notariées (immobilier notamment), c'est le notaire qui se charge de l'enregistrement auprès des services fiscaux dans le mois suivant la signature de l'acte. Vous n'avez aucune démarche supplémentaire à effectuer.
Stratégies pour optimiser la transmission : les alternatives à connaître
La donation directe n'est pas le seul outil disponible. Plusieurs alternatives permettent d'amplifier l'effet fiscal ou de mieux adapter la transmission à votre situation familiale.
L'assurance-vie reste le complément naturel de la donation : les sommes versées avant 70 ans bénéficient d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, hors succession. Notre guide sur l'assurance-vie et la succession vous explique comment articuler les deux outils.
La donation avec réserve d'usufruit (démembrement de propriété) permet de donner la nue-propriété d'un bien à l'enfant tout en conservant l'usage ou les revenus. La base taxable est réduite selon l'âge du donateur : à 65 ans, seuls 60 % de la valeur du bien sont taxés. À terme, au décès du donateur, l'enfant récupère la pleine propriété sans droits supplémentaires.
La donation-partage est particulièrement adaptée aux familles avec plusieurs enfants : elle répartit le patrimoine entre tous les héritiers en une seule opération, fige les valeurs au jour de la donation (et non au jour du décès) et prévient les conflits futurs lors de la succession.
La SCI familiale peut également faciliter la transmission progressive d'un patrimoine immobilier, en permettant de donner des parts sociales par tranches successives, tout en conservant la gestion du bien. Consultez notre guide sur la SCI familiale et la succession pour en mesurer les avantages et les contraintes.
Attention aux pièges courants : un virement régulier à votre enfant peut être requalifié en donation déguisée si son montant dépasse ce qui est raisonnable au regard de votre patrimoine. De même, un prêt sans remboursement effectif peut être requalifié en donation par l'administration fiscale. Documentez systématiquement vos opérations et, en cas de doute, formalisez par écrit.
Ce que la donation change (ou non) lors de la succession
Une donation de son vivant n'est pas neutre sur le plan successoral. En droit français, les donations consenties à un héritier réservataire (un enfant) sont en principe considérées comme des avances sur succession (on parle de rapport civil). Cela signifie qu'au décès du donateur, la valeur de la donation est théoriquement réintégrée dans le calcul de la masse successorale pour vérifier que chaque enfant reçoit bien sa part réservataire.
Il est toutefois possible de stipuler expressément que la donation est faite hors part successorale (préciput), ce qui permet de l'avantager sans qu'elle soit déduite de sa part d'héritage — dans la limite de la quotité disponible.
Sur le plan fiscal, les donations effectuées dans les 15 ans précédant le décès sont rapportées fiscalement à la succession : les abattements déjà utilisés sont déduits de ceux applicables à l'héritage. C'est précisément la raison pour laquelle il est conseillé de commencer à donner tôt, pour laisser le délai de 15 ans se reconstituer avant le décès.
Pour comprendre comment s'articulent donation et héritage dans le détail, consultez notre guide sur la réserve héréditaire et notre page sur la déclaration de succession.
La donation parent-enfant est un outil puissant, mais chaque situation familiale est unique : nombre d'enfants, nature des biens, âge des donateurs, objectifs patrimoniaux. Un conseiller spécialisé en transmission peut vous aider à choisir la stratégie la plus adaptée, à calculer précisément les droits et à sécuriser vos démarches. Prenez rendez-vous avec un expert pour faire le point sur votre situation.